Quand le deuil se complique.

Il y a autant de deuils qu’il y a d’individus ou de parcours de vie.  Le processus du deuil s’articule autour d’un processus d’étapes plus ou moins longues et plus ou moins linéaires qui sont : le choc, le déni, la colère, la dépression, l’acceptation et la reconstruction.

Les différentes phases vont varier en intensité et en durée d’une personne à l’autre. Ce processus et parfois déstructuré et les étapes peuvent se succéder de façon désorganisée, avec un sentiment d’aller/retour dans le temps. La dépression est un symptôme « classique » du travail du deuil et une étape répertoriée. Cependant, lorsque cette étape s’installe dans le temps et ne semble pas pouvoir être dépassée on considère alors qu’il y a un risque d’évoluer vers un deuil compliqué voire pathologique.

Le deuil compliqué et caractérisé par un syndrome dépressif avec trouble de l’humeur, troubles anxieux, sentiment de culpabilité, de dévalorisation et fortes poussées émotionnelles.

Dans le deuil pathologique

C’est un autre seuil ou degrés qui est atteint. La dépression et les troubles anxieux sont majorés. Une bipolarité, des bouffées délirantes ou encore des hallucinations peuvent se manifester. Des conduites addictives (alcool, drogues, nourriture ou sexualité) peuvent également apparaître. Le deuil pathologique s’accompagne parfois de symptômes physiques. Dans certains cas la personne endeuillée développe une pathologie apparentée à celle de la personne disparue. Certains cancers foudroyants s’enracinent également dans ce cadre là.

Différentes causes peuvent expliquer le deuil pathologique

L’évolution vers un deuil pathologique peut avoir plusieurs causes :

  • Le type de relation qui unissait à la personne défunte. Une relation fusionnelle, de dépendance voire d’emprise. Seul, la vie peut difficilement être envisageable.
  • Une réactivation d’une angoisse d’abandon sous jacente.
  • Des deuils anciens non résolus.
  • Une fragilité de la personne dans son parcours de vie au moment où elle  vit le deuil.
  • Un isolement, l’absence de soutien, d’accompagnement une difficulté à verbaliser sa détresse.
  • Les circonstances du décès.
  • Brutalité du décès (Accident de la circulation, infarctus, suicide..).
  • L’âge du défunt.

Les différents types de deuil pouvant évoluer vers un deuil compliqué ou un deuil pathologique :

Le deuil anticipé

Ce type de deuil se produit lorsque que l’on sait que l’on va perdre quelqu’un de façon imminente mais que la personne est toujours en vie. Ce deuil se retrouve par exemple dans le cadre d’un accompagnement de la fin de vie, ou dans le cadre d’une euthanasie provoquée. Ce deuil génère un sentiment ambivalent entre la douleur de la perte et le soulagement.  Cette dualité peut perturber le deuil dans son processus.

Dans le deuil absent, c’est un mécanisme de déni qui s’opère, l’émotion est refoulée. L’individu banalise voire ignore l’impact de la perte et se coupe de la douleur ressentie.

Cette douleur, trop intense pour être intégrée, va ressurgir de façon différée et déplacée. Elle va émerger sous forme de troubles anxieux ou de troubles physiques. On parle alors de deuil retardé.

Le deuil retardé

Le deuil retardé est le prolongement ou la conséquence du deuil absent. À un moment, parfois des années plus tard, la souffrance va surgir de façon inattendue et puissante.

Ce type de deuil se produit quand du fait d’un contexte non propice le travail de deuil ne peut-être amorcé.

Il s’agit par exemple d’une non disponibilité à cause d’une carrière professionnelle accaparante ou d’un contexte familial spécifique tel que l’expérience parallèle d’une grossesse. 

Le deuil non autorisé

Le deuil non autorisé est un deuil qui n’est pas reconnu par l’entourage soit qu’il est honteux socialement soit qu’il est minimisé voire rejeté par les proches. Le deuil est vécu sur le mode de la honte. Le proche défunt a commis des actes illicites, répréhensibles par la loi (crimes, viols, violences..). Il peut s’agir également d’un deuil qui n’est pas reconnu tel que celui qui s’opère dans le cas de l’adultère.

Il peut également être question d’un deuil animalier, responsable parfois à une grande souffrance non accueillie et non comprise. Parfois le deuil non autorisé s’articule autour d’une souffrance qui pour diverses raisons ne peut s’entendre et même se dire. Dans certain cas c’est la personne, parce qu’elle veut continuer à protéger son entourage qui ne va pas s’autoriser elle-même à vivre son deuil.

Le deuil inhibé

C’est le deuil vécu par ceux qui ont du mal à exprimer leur souffrance. Ce deuil concerne beaucoup les enfants qui, selon leur âge, vont avoir plus de difficultés à mettre des mots sur leur ressenti. D’où l’importance des les observer, d’être à leur écoute et de décrypter leurs comportement.

Le deuil chronique

Ce type de deuil se produit quand la personne ne parvient pas à accepter l’idée de la mort du défunt. Elle persiste à vouloir garder vivant le souvenir de l’être disparu. Cette attitude l’enferme dans une posture de souffrance et parasite sa vie.

Le deuil histrionique

C’est un deuil très spécifique causé par le syndrome d’abandon (généré par le décès de la personne aimée). La personne en deuil va se comporter comme le défunt, s’habiller de la même façon, avoir les mêmes gestes, les mêmes postures, la même façon de parler, les mêmes  centres d’intérêts. Parfois ce processus peut aller jusqu’à développer les mêmes symptômes et les mêmes maladies (ou pathologies) que celui ou celle qui n’est plus. Le deuil est une souffrance à laquelle sont confrontés tous les êtres humains à un moment ou un autre de leur parcours de vie. Seul l’accueil de cette souffrance spécifique et singulière, dans l’écoute non directive, le respect et la bienveillance  va permettre à la personne de traverser le dédale émotionnel.