Au Japon un robot-moine peut présider les rites funéraires lors de vos obsèques

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Dévoilé en 2014, le robot multitâches humanoïde Pepper, avait été employé comme vendeur, serveur de pizza et également en tant que compagnon pour les personnes âgées. Il est désormais doté d’une nouvelle fonctionnalité qui est tout autre. En effet, au Japon, il est en train de devenir assistant pour les cérémonies funéraires. Après la multiplication de logiciels, applications ou encore outils numériques dédiés au domaine du funéraire, c’est au tour de la robotique de s’imposer dans ce marché en pleine évolution.

Le Japon : Leader mondial de la robotique

Le Japon a toujours été une référence mondiale dans le domaine de la robotique. Notamment sur le marché de la robotique industrielle où il demeure depuis longtemps le leader international. Le pays se robotise à grands pas afin de faire face à une forte pénurie de main-d’œuvre liée au vieillissement de la population et à une quasi absence d’immigration, et de nouveaux habitants. C’est la principale raison pour laquelle les Japonais sont en avance dans l’industrie de la robotique comparé au reste du monde. L’utilisation des robots se multiplie donc dans les domaines les plus variés afin non pas de réduire les coûts mais de maintenir l’activité.

Qui est Pepper ?

Pepper est un robot humanoïde construit par le groupe japonais Softbank en partenariat avec la firme française Aldebaran.Le robot a été par la suite programmé par la société Nissei Eco Co.

En 2017, l’entreprise Nissei Eco Co. qui est basée à Kanagawa, a présenté son nouveau service, un robot qui a fait le buzz lors de la “Life Ending Industry Expo”, aussi appelé Tokyo International Funeral & Cemetery Show, un salon japonais dédié aux innovations en matière d’obsèques, funérailles et cimetières. L’entreprise a, lors de ce salon, présenté son initiative de robot capable de chanter des sutras bouddhistes lors de funérailles. Ce que fait normalement un prêtre humain. Vêtu d’un costume de moine, le robot de 120 cm de haut, est programmé pour lire des textes religieux sur un ton monotone tout en tapant sur un tambour en suivant un rythme cadencé.

Selon la société qui l’a présenté à ce salon, la famille pourrait s’offrir ses services pour l’équivalent de 390 euros pour une cérémonie, ce qui est bien moins onéreux que l’intervention d’un moine humain tarifée 1 800 euros. D’autant plus que Pepper propose également d’assurer la retransmission de la cérémonie en direct sur internet, pour les proches ou les amis du défunt qui ne peuvent pas être présents. Pepper propose donc une alternative moins chère qu’un être humain.

Dans ce pays à la pointe de la technologie en ce qui concerne la fabrication d’humanoïdes, la présentation de ce robot dans le cadre funéraire ne pouvait qu’impacter les esprits dans la mesure où il répond à une problématique d’actualité. 

Répondre à une problématique sociale

Le conseiller exécutif de Nissei Eco, Michio Inamura, explique que le robot s’inscrit dans un contexte que l’on pourrait comparer à une désertion de la croyance. En effet, aujourd’hui il reste de moins en moins de pratiquants du culte bouddhiste dans l’archipel japonais. Ceux qui continuent d’officier les rites funéraires reçoivent donc de moins en moins de soutien financier venant de leur communauté. Ce problème incite donc les prêtres bouddhistes à trouver des emplois en parallèle afin de vivre et n’ont par conséquent plus le temps de s’occuper pleinement de leur devoir religieux. Les remplacer par des robots est un moyen à envisager qui permettrait de solutionner une situation qui s’aggrave avec le vieillissement et le déclin de la population japonaise.

À l’heure où les factures des obsèques explosent et battent des records, atteignant en général une moyenne de 15 000 euros, il est plus qu’évident que le recours à la robotique allégera cette somme colossale pour les familles qui n’ont pas les moyens. Il est destiné à réduire les coûts des services funéraires au Japon, comme ailleurs dans le monde dans l’avenir.

Cependant, la présence d’un officiant humain est tout de même nécessaire dans une situation de deuil où les familles ont besoin d’être accompagnées dans cette épreuve, réconfortées et soutenues.

Si cet usage de la technologie robotique peut en choquer plus d’un, il convient de rappeler que les Japonais semblent beaucoup plus tolérants et avancés qu’ils ont déjà intégré les robots dans leur quotidien.

Pepper rejoint le cercle fermé des robots prêtres

Ce n’est pas la première fois qu’un robot est intégré lors d’une activité religieuse. Pour rappel, la fois précédente fut dans la ville de Wittenberg, en Allemagne. Lors d’une exposition marquant les 500 ans de la Réforme protestante, un automate baptisé BlessU-2 avait été installé dans une église par un pasteur allemand. Il fut conçu pour être capable d’énoncer des bénédictions ainsi que de bénir les fidèles en cinq langues différentes !

Aussi, en périphérie de Pékin, dans le temple bouddhiste de Longquan, le petit robot Xian’er avait conquis les fidèles avec lesquels il pouvait parler de religion. Mais l’histoire ne raconte pas s’il appartenait à la même école du bouddhisme que celle inculquée à Pepper.

Pour le moment, Pepper n’a pas encore été engagé pour un enterrement ; manque de demande ou technologie pas tout à fait au point ? En effet, l’initiative étant pour l’heure limitée car le fait d’introduire des machines dans une situation qui appelle au respect et à l’empathie alors qu’elles ne peuvent ressentir ni l’un ni l’autre fait diverger les avis. Il reste clair que les robots s’invitent partout au fur et à mesure des années. Mais avant tout nous devons réfléchir avec soin à la manière dont nous intégrons les robots, l’Intelligence artificielle, Internet et les avancées technologiques dans nos vies et nos cultures.