Le Tombeau du silence et du repos sans fin (18/20)

Tombe du Facteur Cheval construit de ses propres mains

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Le tombeau du silence et du repos sans fin est aussi connu sous l’appellation tombe du facteur Cheval. Cette sépulture accueille la dépouille de Ferdinand Cheval. Elle se situe dans un cimetière à Hauterives dans le département de la Drôme. La tombe y est installée près de l’entrée principale du cimetière. N’ayant pas eu l’occasion de se faire enterrer dans le lieu qu’il souhaitait, le facteur Cheval décida à l’âge de 78 ans d’entamer la réalisation de son nouveau tombeau. La construction dura 8 années. Elle fut achevée en 1922 et accueillit 2 ans plus tard la dépouille du Facteur Cheval.

Biographie du facteur Cheval

De son vrai nom Joseph Ferdinand Cheval, le facteur Cheval  est né le 19 avril 1836 dans la Drôme à Charmes-sur-l’Herbasse. Il est mort le 19 août 1924 à Hauterives alors âgé de 86 ans. Ce facteur est célèbre pour avoir passé une partie de sa vie à construire des monuments dont le “Palais Idéal”, auquel il consacra 33 années de sa vie et 8 ans pour bâtir son propre tombeau. Ferdinand Cheval est né dans la misère, peu scolarisé, il ne maîtrise pas bien sa langue maternelle et devient apprenti boulanger dès l’obtention de son certificat d’études primaires, à l’âge de 13 ans.

Lors du décès de son père, il laisse l’héritage de la ferme familiale à son frère pour devenir boulanger en 1856. Il se maria en 1858 avec Rosalie Revol avec qui il eut des enfants. La mort de son premier fils lui fit abandonner le métier de boulanger qu’il a pratiqué durant presque 12 ans. Il semblerait que son expérience de pétrissage en tant que boulanger influença son savoir-faire de sculpteur et créateur. À la naissance de son second enfant, il abandonna le métier d’ouvrier agricole dans lequel il s’était engagé.

Sa carrière de facteur

En juillet 1867, il occupe officiellement le poste de facteur. Il sera affecté à Hauterives sur la “tournée de Tersanne”, seulement en 1869, suite à sa demande. La tournée comprend environ 33 km de marche quotidienne. Sa première épouse décède. Il se remaria quelques années plus tard en 1878 avec Marie-Philomène Richaud qui apporta notamment en dot pour le mariage une petite propriété qui permettra au facteur d’acquérir un terrain à Hauterives.

Un récit retranscrit le rythme de ses tournées :

Le courrier n’arrive à Hauterives qu’à 11 heures du matin. Le facteur qui nous dessert est obligé avant de partir de desservir le village d’Hauterives et ensuite de desservir les quartiers de cette commune qui se trouvent sur son parcours. Malgré sa bonne volonté il ne peut arriver à notre village qu’à une heure souvent deux de l’après-midi. Pour aller de la boîte aux quartiers des Débris et des Nivons, ce qui lui arrive souvent, il a encore une distance de 5 à 6 kilomètres. Il a ensuite à desservir la section de Treigneux et la partie de la commune d’Hauterives depuis Treigneux jusqu’à la route départementale no 6, et ce n’est qu’après ce trajet qu’il se rend au bureau, mais presque toujours après le départ du courrier qui se fait vers 5 heures, si bien que Tersanne éprouve chaque jour des retards sous le rapport des départs des dépêches.

Son monde imaginaire

Le facteur Cheval s’occupe durant ses tournées à rêver à un autre monde. Il imagine un palais féerique qui prendra vie des dizaines d’années plus tard après de nombreux aller-retour avec sa fidèle compagne de peine, sa brouette. Lors d’une de ces tournées un jour de l’année 1879, une pierre entreposée sur le chemin le fait chuter et le transporte dans son rêve.

Il rapporte dans ses cahiers les faits suivants :

Un jour du mois d’avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d’arriver à Tersanne, je marchais très vite lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m’envoya rouler quelques mètres plus loin, je voulus en connaître la cause. J’avais bâti dans un rêve un palais, un château ou des grottes, je ne peux pas bien vous l’exprimer… Je ne le disais à personne par crainte d’être tourné en ridicule et je me trouvais ridicule moi-même. Voilà qu’au bout de quinze ans, au moment où j’avais à peu près oublié mon rêve, que je n’y pensais le moins du monde, c’est mon pied qui me le fait rappeler. Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J’ai voulu savoir ce que c’était… C’était une pierre de forme si bizarre que je l’ai mise dans ma poche pour l’admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit. J’en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j’en suis resté ravi… C’est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu’il est impossible à l’homme de l’imiter, elle représente toute espèce d’animaux, toute espèce de caricatures.

Par © Benoît Prieur / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32678453

Il se dit : «puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l’architecture».

Pour les habitants des alentours, Le facteur Cheval devient un être fou et étrange qui durant sa tournée fait des tas de pierres et revient les chercher le soir en les transportant avec sa brouette. Avec les pierres récupérées il remplit son jardin et commence la construction du monument qu’il appela le Palais Idéal.

En 1894 survient le décès de sa fille alors âgée de 15 ans, qui l’affecta profondément. 2 ans plus tard il prit sa retraite et habita la villa Alicius qu’il fut construire à proximité du Palais Idéal. En 1912, il acheva la construction du palais dans lequel il souhaitait être inhumé. Cependant, son souhait ne pouvant être réalisé, il enchaîna les constructions en édifiant son propre tombeau de 1914 à 1922. Sa vie prit fin le 19 août 1924.

Le tombeau

En effet, en 1914, à l’approche de ses 78 ans , il acheta une concession dans le cimetière de Hauterives et se consacra lui-même à la construction de sa propre tombe. Le tombeau du facteur Cheval est la sépulture la plus remarquable et grandiose de ce petit cimetière communal. La structure du monument est bien plus modeste que celle du Palais idéal. Cependant, le travail du ciment est plus soigné et raffiné que sur ce dernier.

Les visiteurs peuvent reconnaître le style d’architecture similaire à celui du Palais ainsi que le travail autour des coquillages, du ciment et des pierres. Les façades Sud et Est sont les plus remarquables. On peut apercevoir sur le tombeau une des rares références chrétiennes signalée par la présence des lettres J,M et J pour Jésus, Marie et Joseph. Elle est également ornée d’une croix.

Ce tombeau a été classé au titre des monuments historiques par l’arrêté du 23 mai 2011. En plus de la dépouille de Ferdinand Cheval, il accueille également les corps de son épouse Marie-Philomène Richaud (1838 – 1914) et de sa fille Alice Marie Philomène Cheval (1879 – 1894).

À la suite des événements, en 1994, la commune de Hauterives décida de prendre en main la gestion de l’héritage du facteur Ferdinand Cheval notamment le palais idéal et sa tombe.